Les piques et les fleurs

Où l'auteur n'ouvre pas la bouche

L'édito de Fredo
1 min ⋅ 04/10/2026

Je ne baille plus. En tout cas plus autant que je ne le fis plus jeune. Cette tendance à ouvrir significativement la bouche m’a d’ailleurs valu une popularité limitée auprès du corps enseignant, ce que je comprends parfaitement aujourd’hui. Se retrouver face à un grand escogriffe qui s’étire la mâchoire à se la décrocher quand on essaye de lui inculquer un peu de savoir doit avoir quelque chose de décourageant. Pas de quoi faire grève mais presque. Il n’y avait pourtant nulle provocation dans mon attitude, juste une torpeur qui me saisissait dès que je m’installais dans une salle de classe. Un mal qui m’a poursuivi bien après mes études. Jusque dans les conférences de presse. Au moins l’expérience m’avait-elle enseigné comment camoufler ce réflexe embarrassant. Mais voilà que cette semaine, alors que je me trouvais dans un amphithéâtre, je me suis surpris à ne pas manifester ces signes de somnolence bien que les conditions fussent réunies. J’assistais en effet à un colloque organisé par NPA Conseil, un cabinet d’études de l’industrie des médias fondé il y a 25 ans par mon ami Philippe Bailly. Précision importante : quand j’écris que le terrain était favorable au bâillement, c’est parce que j’étais assis de bon matin dans ce qui aurait pu être une salle de cours et non en raison de contenus ennuyeux. Tout au contraire, la conférence placée sous le thème du « second acte de la révolution numérique » était fort intéressante grâce à une palanquée d’intervenants tout à fait compétents, et pour certains passionnants.

Il y fut naturellement question d’intelligence artificielle mais pour une fois, ce n’était pas le point central de la plupart des débats. Il est vrai que ceux-ci concernaient l’industrie audiovisuelle qui, si elle est évidemment concernée par ce séisme, n’en ressent pas encore les effets avec la même intensité que le monde de la presse et surtout que celui de l’édition. Plus que les robots, ce qui perturbe les acteurs nationaux de ce secteur, sont les relations complexes et déséquilibrées avec les plateformes américaines et chinoises. À côté d’elles, les champions français – et européens - sont des nains, le plus souvent brillants, intelligents et créatifs, mais incapables de rivaliser sur le terrain économique. Une situation d’une complexité rare où l’on peut engager des bras de fer juridique contre ces géants tout en nouant des alliances de circonstance avec les mêmes. Et c’est ainsi que l’on s’envoie des fleurs et des piques dans la même phrase avec un grand sourire. C’est peut-être la raison pour laquelle ma déplorable tendance narcoleptique m’a abandonnée ce matin-là.

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L'édito de Fredo

Par Frédéric Frédéric